par Kanishka Singh et Jana Choukeir
Les Etats-Unis vont imposer "les sanctions les plus sévères de l'histoire" contre l'Iran, a déclaré jeudi le secrétaire américain au Trésor, Scott Bessent, laissant suggérer que cette démarche permettrait de réduire la nécessité de nouvelles opérations militaires pour faire tomber le régime de Téhéran.
Ces commentaires interviennent après que le président américain Donald Trump a menacé la veille de lourdes conséquences économiques tout pays qui fournirait "une quelconque bouée de sauvetage" à l'Iran, sur fond d'impasse dans les échanges diplomatiques entre les deux pays.
Téhéran a dénoncé un "terrorisme économique" et estimé qu'il s'agissait de manoeuvres de l'administration Trump pour détourner l'attention de problèmes intérieurs aux Etats-Unis, dont la lourde dette publique américaine.
Dans ce contexte, les prix du pétrole ont grimpé jeudi à un pic de trois semaines.
"Les marchés pétroliers interprètent mal ce que cette pression économique signifie", a déclaré Scott Bessent à la chaîne de télévision CNBC. "Cela signifie qu'il ne devrait pas y avoir de relance kinétique de grande ampleur", a-t-il ajouté en référence au recours à la force militaire.
"Nous avons le blocus (maritime de l'Iran), et nous allons avoir les sanctions les plus sévères de l'histoire", a poursuivi le secrétaire américain au Trésor. "Cela va fonctionner et nous allons faire tomber ce régime".
Scott Bessent a indiqué qu'une conférence de presse serait organisée lundi pour donner plus de détails sur les mesures.
A la question de savoir si Washington pourrait cibler la Chine pour ses activités commerciales avec Téhéran, il a déclaré à CNBC que nombre de conversations devaient avoir lieu en privé.
"Gardez à l'esprit que la Chine se procure 50% de son énergie depuis l'intérieur du Golfe. Donc il lui serait très profitable de suivre le mouvement", a-t-il dit.
D'après des données de Kpler datant de 2025, la Chine achète plus de 80% des exportations iraniennes de pétrole.
Se lancer dans une nouvelle querelle économique avec Pékin peut s'avérer risqué pour Washington, alors que les exportations chinoises de terres rares sont cruciales pour les Etats-Unis.
DES DÉCENNIES DE SANCTIONS
Téhéran résiste quasiment sans interruption, depuis près de 50 ans et la Révolution islamique de 1979, à de lourdes sanctions économiques.
Plus tôt jeudi, avant les commentaires de Scott Bessent, le ministère iranien des Affaires étrangères a condamné l'annonce de nouvelles sanctions américaines économiques et commerciales, les qualifiant de "terrorisme économique" qui nuira aux Iraniens ordinaires et qui équivaut à des crimes contre l'humanité.
Le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araqchi, a décrit les commentaires effectués mercredi par Donald Trump sur son réseau Truth Social comme une tentative pour détourner l'attention de l'opinion américaine des problèmes financiers intérieurs, citant la dette publique record de plus de 40.000 milliards de dollars et les taux d'intérêt élevés.
Il a dit penser que l'obstination de Washington à prendre des mesures selon lui inefficaces allait engendrer des échecs supplémentaires et aliéner les Iraniens.
"Le terrorisme économique de l'Amérique menace l'économie mondiale et la souveraineté nationale de pays autour du monde", a écrit Abbas Araqchi sur le réseau social X.
Depuis le début du conflit, déclenché en février par la campagne de bombardements lancée par les Etats-Unis et Israël, Donald Trump a multiplié les commentaires optimistes ainsi les menaces. Il s'est affranchi de toute limite en prévenant un temps qu'il anéantirait la civilisation iranienne si Téhéran ne scellait pas un accord pour rouvrir le détroit d'Ormuz.
Le président américain, dont les annonces via les réseaux sociaux ne se concrétisent pas toujours, n'a pas indiqué les mesures spécifiques que Washington prendrait contre les pays qui feraient affaire avec l'Iran, ni n'a nommé de pays. Il semble que l'avertissement pourrait également concerner des alliés ayant contribué à faciliter les négociations avec Téhéran.
Pour avoir entamé des négociations bilatérales distinctes avec l'Iran à propos de la gestion du détroit d'Ormuz, récemment annoncées proches d'aboutir, Oman a été la cible de menaces de Donald Trump, qui a prévenu lundi qu'il pourrait bombarder le sultanat, pourtant un partenaire sécuritaire de longue date des Etats-Unis et médiateur avant la guerre de négociations entre Washington et Téhéran sur le nucléaire iranien.
S'exprimant jeudi à l'issue d'une rencontre avec son homologue japonais, le ministre omanais des Affaires étrangères, Bader Alboussaïdi, a déclaré qu'une sécurité durable dans le détroit d'Ormuz nécessitait une paix régionale permanente, rejetant toute escalade supplémentaire du conflit.
(Kanishka Singh, Jasper Ward, Jana Choukeir et Mei Mei Chu; rédigé par Jean Terzian)

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